Bien qu'avec
moins d'un kilomètre carré,
Castellfollit de la Roca, une des
plus petites commune
d'Espagne, reste accueillante à mon véhicule.
Castellfollit de la Roca,
en Catalogne, se situe dans le Parc naturel de la Zone volcanique de la
Garrotxa.
Un cycliste autochtone s'échauffe en
tenue esquimau, coiffé d'un passe-montagne de
fortune. La
chaleur est fraîche en ce début de
matinée. Je
prends partie d'ignorer ces frimas. La météo
prévoit un parcours sans accroc de la flamme solaire tout au
long du jour. J'évite de m'encombrer de vêtements
à faire suivre ensuite des heures dans le sac à
dos. Une fois
redescendu de la cinglera de Castellfollit, falaise
basaltique de 50 mètres, je bifurque à main
gauche au premier carrefour en direction d'Oix.
Je
suis surpris par la qualité et la largeur d'une route que
mes
cartes classent en catégorie subalterne et sans issue. Comme
il
semble de règle dans la région, la
chaussée s'est
offerte une cure de jouvence.
Les panneaux indicateurs des directions de Can Maillards et d'El Gorgs ont-ils
soufferts des travaux ou ne les ais-je pas remarqués ?
J'arrive au
Collet de Camporiolsans avoir, comme
prévu, détourné
les roues du VTT par
le Collet del Gorgs. La
faute en revient-elle au froid, qu'une descente
intermédiaire a
rendu plus piquant encore ? Mes doigts gelés n'ont pas
demandé d'arrêt pour déplier la carte.
Sur
les vingt cols prévus, il n'en reste
déjà plus que dix-neuf possibles. Je
n'envisage pas de descendre chercher
l'oublié. Il est l'un des rares que je
n'ai pas réussi à situer avec
précision.
Mon circuit est
ainsi fait qu'il décrit maintenant une boucle autour du Coll de
Camporiol.
Je pars par le chemin de gauche, reviens par la route
au centre et compte rentrer par la piste
cimentée de droite.
Parmi les interdictions, une seule me réjouit, celle
concernant les véhicules
motorisés.
D'entrée, la piste impose un rythme propice à la
découverte.
Les vrais faux cols
s'enchaînent.
Il en est même un
qui s'est donné un nom : "Pas d'ùs restingit". A
faire
faire un premier avril à un collègue aux
capacités
d'interprétation linguistique restreintes.
C'est la quatrième fois que je crois avoir atteint mon
premier
objectif situé près du chemin de La Rodereda.
A
la réflexion, ma carte, situe
plutôt le Coll
de Pineda, à
l'emplacement d'un carrefour rabougri où
Google Earth a eu raison de me faire ajouter les chemins manquants.
La piste de droite, bien tentante, conduit à La Pineda. La
suite de mon
itinéraire fait face.
Le
Coll Sapell,
m'amène
à remarquer que je n'ai plus froid.
Une piste s'échappe par la droite. Comme sur ma carte.
Faute de panneau certificateur, je me fonde sur cet indice pour situer
là le passage. Mais il existe
tant de cols géographiques ou planqués sur des
cartes encore inexploitées.
Les exemples
abondent.
Le premier poteau
indicateur incite à photographier, entre autre, le
Coll d'en Marcer, tout proche, sans en
faire mention.
Je reste
sensibilisé à la recherche du sentier
conduisant au Collsesmolles. Sans
succès.
Une
importante descente,
beaucoup plus zigzagante qu'annoncée par ma carte, me
dépose devant Cal Quic
sans que je n'aie trouvé l'embranchement de la sente. La
vision du second col
raté et désormais haut perché, me
dissuade de corriger mon erreur.
Dommage ! Le profil du sentier semble plat. Collsesmolles
affiche
une altitude inférieure d'un mètre à
celle du Coll d'en Marcer, d'où je
descends.
Il
convient de se méfier des
indications fournies par ces panneaux destinés à
rassurer les marcheurs sur
circuits précuits. Ils indiquent rarement le chemin
le plus court ou le
plus praticable vers les destinations annoncées. En
revanche, par essence, ils accumulent
les centres d'intérêt propres à la
région.
Aucune de mes interrogations ne se trouve satisfaite par les
renseignements
affichés. Je poursuis donc mon chemin.
La
traversée d'un radier sur Llierca
rafraîchit ma mémoire. Ma progression se
conforme aux prévisions. Je me
trouve désormais du côté voulu de la
rivière que je me dois d'accompagner
jusqu'au
carrefour d'un petit chemin travesti en route. Par la droite,
l'asphalte se
rend, sans moi, à Oix.
Par la gauche
je
grimpe à Costejà
où
la révolution bitumineuse trouve ses limites.
L’habitat aussi.
Quelques passages praticables
rétrocèdent à la pente le
privilège de faire mettre à terre le pied du
cycliste
prévoyant.
Je ne cherche pas à forcer la nature. La journée
s'annonce longue.
Je
n'entends pas manquer
l'aller-retour au Collet de Costejà par
un sentier rebroussant chemin en
parallèle.
La crainte affichée de rater l'embranchement me fait essayer
une sente vite
déclarée sans-issue par la
végétation.
Le
véritable accès au collet nécessite
d'atteindre l'altitude même du col.
Le
sentier met les pieds du randonneur
dans le plat. Une progression sans efforts. Seul reste dur, le
plastique d'un
tuyau d'eau dont la présence morcelée le long de
la sente perdue reste un
mystère. Après quelle "Beaume
de Passe Temps" court-il ?
La
platitude du sentier
rejaillit sur le Collet
de Costejà, d’intérêt
limité.
Il
faut être
vététiste, donc costaud, et non cycliste
nerveux, comme moi, pour profiter
pleinement du profil de ce chemin. Après plus de quatre
années de rigidité contrariante,
ma cheville handicapée, mise à l'ouvrage,
retrouve peu à peu le goût du pliage.
Les marches imposées par la nature de mes parcours muletiers
catalans
ramènent l'articulation à plus de souplesse ;
exercices indolores jusque pour la Sécurité
Sociale.
Le Coll
de Gali porte sa croix
discrètement. L'Espagne se laïcise.
Nul aboiement au Coll
de Pera. Les vaches se gardent entre elles.
Quelques
tours de roues
libres conduisent au Coll
del Salomó, cinq
mètres plus bas.
Vingt
mètres encore au-dessous
le Coll del Bucs affiche une pancarte : El Salomó.
Deux cols voisins pleins de connivences. Ma
carte dépassée par les
travaux publics exige actualisation. Un fort trait bleu symbolise la
route
venue recouvrir le léger tracé noir d'un petit
chemin ; léger trait noir qu'il conviendrait
d'attribuer désormais à la piste du Coll de Pera gravie
ce matin. Piste
dégradée pour cause de dégradation.
Entre
le Coll del Salomó et
le Coll de Pera, à main gauche en
remontant, un chemin attaque la
montagne. Comme lui je me rends au
Coll de Rabassa, bientôt
en vue. La piste de droite
poursuit
cahin-caha
vers Oix par
différents cols. Lorsque je m'inquiète de la
position du Coll de Pany,
je l'ai probablement déjà franchi.
Je l'ai
assurément
franchi lorsque je distingue au loin l'ermitage de Sant Andreu.
Le
paysage tient à rappeler
qu'il appartient à la Garrotxa.
Sous l'ermitage, le Coll de
Bestracà
se
fait connaître.
Il s'agit
désormais de descendre rejoindre la route d'Oix par El Peirer.
À
Oix derrière
l’église Sant Llorenç,
remarquable joyaux de l’art roman,
une
fontaine aide à refaire
les réserves hydriques du randonneur prévoyant.
La
première boucle prend fin
auColl de Camporiol.
Après
quelques mètres de
goudron le chemin de gauche
teste le ciment.
Avant
le Collet de la Teula
la piste préfère reprendre
son
air naturel sans trop affecter l’allure de l’usager.
Le Coll
de Palomeres
se charge de freiner cette
exceptionnelle progression. Face à la pancarte, deux pistes
parallèles
descendent chacune vers un col. Un sentier pourrait relier les
deux.
Lequel aller chercher en premier ? J'hésite.
J'hésite
tellement, qu'en chemin, je
perds le souvenir de mon choix.
AuColl Pregon, que
je n'identifie pas en tant
que tel,un sentier balisé, un GR,
dévale la montagne par la gauche. Le Coll
de Poli, à rejoindre, affiche 550
mètres soit seulement 10 mètres de
moins. L’allant du sentier me paraît excessif par
rapport au peu de dénivelée à
concéder. J'en viens à douter de ma position. Par
prudence
je
remonte faire le point au Coll
de Palomeres.
La
tranquillité d'esprit apportée par ce
détour compense l'effort
supplémentaire qu'il m'impose.
Comme prévu le second chemin laisse place à un
sentier.
Le
GR conduit à un
Coll de Poli, fort
honnête.
Je
ne regrette pas mes deux
aller-retour. Il faut savoir perdre du temps pour en gagner.
La piste principale
se dirige maintenant vers Palomeres.
Un
croisement d'importance
positionné sur un col géographique m'oblige
à un exercice d'orientation. La
piste de gauche mène à Santa Barbara de Pruneres.
La mienne, plus à droite,
descend prudemment au
Coll Sitrelles. Dans la
préparation de mon circuit, le Coll Sitrelles m'a
donné quelques soucis.
Pour rallier le Coll de Jou, "Guia
de carrers de Catalunya", cartes en ligne sur Internet,
commande de contourner la montagne par la droite, jusqu'à El
Pujol.
Un
agrandissement de la carte
ne note pas le moindre accès aménagé
par l'autre versant. Ces informations de
première fraîcheur
m'incitent
à gagner El Pujol où je ne
trouve pas l'itinéraire indiqué.
De retour au Coll
Sitrelles, je me tourne
vers ma vieille carte obsolète. Elle mentionne un sentier
que Google Earth
ignore sous la végétation.
Le sentier est
pourtant là,
balisé en
jaune, mais
avare d'indications.
Un col se profile.
Coll de Jou
Colldejou. Je ne distingue, du
hameau, rien plus qu'une maison. Habitée. Du moins ce
samedi.
Je
ne pratique les sentiers que
par obligation et lorsqu’ils restent accueillants
à mes
« infirmités ».
Par choix, j’évite les aller-retour non
productifs !
Une pancarte,
clouée à une intersection sans
visibilité, combat l'envahissement de la
propriété privée. "Sadernes" ravive en moi le
projet de rentrer par une autre vallée.
Jusqu'à
cet instant mes
recherches concernant cette jonction restaient vaines. C'est
dire que je ne
possède aucune information sur l’état
de la sente.
Le terrain offre peu
de parties cyclables.
Peu importe, pourvu
qu'il me permettre de descendre
jusqu'au
lit de Llierca
par chance
à sec.
Maintes
recherches
infructueuses pour atteindre les bruits engendrés par une
circulation
automobile proche, je me rabats sur l'évident
chemin qui fait face.
Quelques
cailloux disposés en
travers de la piste appellent mon attention. Un point bleu sur une
pierre
attire mon regard dans sa direction.
Le
sentier balisé reprend du
service au long de l'imposant grillage d'une importante
propriété.
Enfin
une indication
officielle ! Elle ne m'apporte pas autant de
réconfort que le chemin sur
lequel son support est planté.
Par la droite et par
Santa Cecilia,
le Pont de Llierca,
je parviens
à Montagut
où de
petites routes en plus grandes,
je
réintègre Castellfollit de la
Roca,
son parking et ma voiture au terme d'un circuit de 19 cols, 64
kilomètres, 1780 mètres de
dénivelée.
Il est 19 h 15. Et je ne me suis pas perdu une seule fois !
Il reste à souhaiter que mon retour motorisé soit
plus roulant.