
Sant Llorenç de la Muga, 8 heures 30. La
météo tient à se couvrir :
soleil et nuages divers partagent le carré du jour. Pour me
couvrir à mon tour, je fais suivre la garde-robe
correspondante. Au cas où.
Du poids en plus, du plaisir en moins.
UTM
: 31 T 482598
4685582

Le chemin vers mon premier objectif prend naissance façe
à l'Ermita de
Sant Antoni.


Situé à deux mètres de la sortie du
village, le chemin se cache moins que l'ermitage.

Un premier obstacle contrarie ma progression : "Finca Vigo". Un
"cami
privat" m'oblige à un léger retour en
arrière.


En passant, j'avais voulu ignorer du
regard, la côte cimentée qu'il
me faut
désormais affronter sans sourciller.

Le revêtement ne s'attache qu'aux parties montantes
déraisonnables.
Un
premier chemin à gauche joue sur mon attrait des
cols pour m'amener à l'immortaliser. Pour rien. Un
faux-semblant vers un faux
col.

Le Coll
de Rocacorba m’attend plus loin,
plus haut. 

Face
aux pancartes, j'aurais gagné à ne pas accorder
toute mon attention à un Sant Ponç, pas
même de Thomières.
Je remarque aujourd'hui que les directions : "Les Corts", "
Ferreros", "Mas de la Trilla", "Mare de Déu del Fau"
sont fléchées.
En poursuivant le chemin, j'aurais gagné plus de deux
heures. J’aurais atteint
le Coll de Ferreros
par "La Creu
d'en Camps" (col non inscrit au catalogue mais qui
mérite de l'être) et le Collet de les
Corts.
Il va sans dire que je
décris maintenant mon détour pour
l’anecdote. 

Détour rime avec demi-tour.
Je reprends la route à Sant-Llorenç
de la Muga en
direction d'Albanyà.

Mare de Deu de Palau

Six kilomètres d'asphalte et Albanyà
m'invite
à ralentir. En effet,

ma
carte fait état d'un chemin, sur la
droite, à l'entrée du village. D'autres sources,
plus récentes, précisent que
le GR 11
accompagne cette piste. Ors, mes prochains cols
agrémentent le GR
11.

Sant
Feliu de Carbonils et Maçanet
pointent leur
fléche sous la mention GR 11.
Ignorant encore mon extrême détour, je me dis que,
pour une fois, la réalité épouse mes
plans. 

Faute
d'indication contraire, j'ignore un premier
chemin sur la gauche.
Tout droit la piste grimpe. Moi aussi, mais à pied. La boue
m'évite les dangers du patinage
en s'insérant entre les roues et le cadre du VTT. Je me dis
que si le terrain
poursuit sa rétention d'eau, je devrai renoncer
à ma randonnée.
Il n'en est rien, le chemin succombe avant. En cul-de-sac.
De retour au carrefour, je m'informe auprès d'un dompteur de
chien. Le GR 11
se trouve sur un sentier... qui monte ! 

Lors de mon premier passage, j'ai profité d'un court
faux-plat sur résidus de coupe de bois, pour me remettre en
selle. Les minces traits rouge et blanc arborés par un arbre
discret n'ont pas croisé mon regard braqué au
sol. Le terrain eût été plus ferme, je
l'aurais été aussi. Mon parcours n'emprunte pas
de sentier en cet endroit. Toute ma documentation en
témoigne.
Pourquoi alors vais-je me lancer sur les traces de ce GR ? Par
sécurité d'esprit ?


Certes,
pas par sécurité
physique ! Pas par goût des sentiers, que je fuis, hors
d'obligations
sérieuses.
J'apprends sur le terrain ce que doit être un S3/4.
L'escalade, seul, sans BTT, mais avec prudence, reste accessible au
randonneur moyen.
A quatre mains, la gêne des montures trouve affaire
à la division.
Seul avec une
cheville peu plieuse et des épaules adeptes du moindre
effort, l'ascension vire
au cauchemar. Je dois faire le parcours deux fois. D'abord pour monter
le sac à
dos déstabilisateur. Ensuite pour hisser le vélo.
La perte d'équilibre menace à
tout instant.
Le renoncement m'effleure à nouveau, faute de temps et de
forces encore
disponibles. Un renoncement compliqué à mettre en
oeuvre. Pas question
de faire demi-tour. Je reste capable de descendre
seul. Pas avec
l'encombre d'un VTT.
Une heure, deux ? s’écoulent. La sueur aussi.
Un
bruit de moteur explose mes pensées négatives.
L'apparition d'un 4/4,
sur une probable piste environnante, m'apporte la motivation
nécessaire pour
accélérer le pas vers


un col qu'aucun indice permet d'identifier.

Le GR abandonne ses exercices acrobatiques pour poursuivre un plus
bonhomme de chemin.
Je ne prends aucun risque à suivre le marquage. La piste
balisée s'élève gentiment. En cas de
défaillance je pourrais toujours tourner le vélo.
Il me restera la satisfaction de
découvrir où aboutit ce chemin.
Où j'aurais dû l'aborder.


Ferreros, rocher célèbre !
Ferreros, col attendu. Le premier d'un chapelet sur cette
partie du
GR11. La passe ne se trouve indiscutablement pas ici.
Elle ne saurait tarder.

Enfin, un col que tout concourt

à me faire prendre pour celui recherché.

Ma collection, non désirée, de photos de cols
géographiques s'agrandit. 

Le Coll
de Ferreros
siège plus haut encore.

Et le fait savoir.

A main droite, une piste conduit au
Coll de les Corts. J'ai prévu de le cueillir en
aller-retour.


Un col géographique intermédiaire,
repéré sur carte, ne me surprend pas.

Le Coll
de les Corts
exige encore quelques tours de roues.


Cet aller-retour
aisé ne revêt pas l'aspect d'un effort
inutile, contrairement au
détour par
Albanyà et la grimpée du GR par le sentier de
chèvres.
En poursuivant le chemin balisé, au col de Rocacorba, je
serais parvenu ici depuis longtemps, sans perte de
dénivelée, sans perte excessive de forces.
Economie de distance. Economie de risques.

De retour au Coll
de
Ferreros, 

je poursuis mon ascension sans songer au Collet de Palomeres
franchi quelque part dans l'indifférence.

Un col plus marqué, mais non
comptabilisable par les règles de notre confrérie,
l'Escaler de
Carbonils, m'en
fait prendre conscience. 

Pourtant je ne roule pas le nez dans le guidon.

L'églésia de Sant
Feliu de Carbonils m'apparaît dans ce contexte.

Je
décrète le lieu idéal pour un
pique-nique.

Carbonils annonce le franchissement

du Coll
de Can Roquil.
Est-ce
l'effet d'une digestion contrariée mais les
différents cols qui s'enchaînent se
mélangent dans ma tête. Le Coll de Palau (pas
vu, pas pris, pas compté),
la Collada de la
Trilla,

le hameau de La Trilla,
même, s'embrouillent dans mon esprit.
Je remarque et m'étonne que le GR, ici, s'écarte
du chemin pour quelques galipettes hors des maisons, mais il m'a
habitué à pire.
Je consulte ma carte et sans raison, me situe à Can Roquil.
La sente doit prendre un raccourci et me rejoindra plus haut !
* En fait c'est là que bifurque le GR.

La
piste perd de sa superbe en même temps que son
balisage. Je perds, pour ma part, toute notion géographique.
Ainsi je
franchis le col de la Pinosa à l'image
d'un chasseur traversant une harde de sangliers.
La fraîcheur ambiante et l'état de la piste
m'invitent à consulter l'altimètre : 880
mètres.

Je prends enfin
conscience de mon état
d'avancement.


Qu’en
dit mon antique carte ?

Elle confirme ma position. En cet endroit où le chemin
déclare forfait, j'ai prévu de chercher un
éventuel sentier vers l'Ermita de la Mare de Déu
del Fau situé 70 mètres plus haut.
Au pire, faute d'accès, je redescendrais prendre
le GR à La
Trilla et remonterais franchir la Collada dels Gesos
en un long aller-retour. Tant pis alors pour la Collada del Fau.
Compte-tenu des forces en présence, une seule option reste
toutefois réaliste : trouver une sente vers la Mare de
Déu ou renoncer à la suite du
parcours.

Un
sentier anonyme prolonge
le chemin. Une première expertise effectuée
« léger »,
m'amène à
constater que l'itinéraire paraît entretenu.
Jusqu’où ? Vers où ?
J'opte
pour en savoir plus, bien que la direction s’oppose
à celle du
point à atteindre. Un lacet plus loin ?
Peut-être !
Une seule difficulté, surmontable dans les deux sens,
ralentit ma progression. 

Une
terrasse en pierres, dont
une décorée d’un point bleu, signent
une présence humaine tant passée que
récente.


Le
croisement avec un sentier balisé de jaune et
grimpant cette fois dans la bonne direction récompense ma
hardiesse.
Je caressais pourtant peu
l'espoir de traverser la montagne en cet endroit. L'aventure me trouve
rarement où je l'attends.


La Collada del Fau,
si !


Je suis doublement satisfait d'atteindre ce col. Il est un vrai lieu de
passage
d'une vallée importante à une autre. Il permet
à mon circuit de décrire une
vraie boucle, comme je les aime.
Ma carte ne rapporte pas toutes les directions proposées.
Celle de Maçanet
semble correspondre à mon plan.

Optimiste, mon plan indique un chemin. Ce sera un sentier.
Je dois rester concentré sur la recherche d'une bifurcation,
à droite, en direction de la Collada del Gesos.


Sur ce versant, le sentier, de caractère avenant,

conflue
assez vite vers un bon chemin.
Une aire naturelle de retournement
laisse à penser que l'on vient ici en voiture pour randonner
à la Mare de
Déu
del Fau.

La piste,
s'achemine vers la vallée
où,

comme prévu, elle en rencontre une autre, à
aborder
par la droite.

Une
fontaine discrète délivre un goutte à
goutte
peu engageant.

Au carrefour suivant, balisé, un aller-retour à
droite permet d'aller chercher le Coll
de Cal Sajust, tout proche. 

Les
descentes raccourcissent les distances. J'apprècie
doublement d'avoir pu passer la montagne. Le col en vue 

se trouve

être la Collada
dels Gesos, parfaitement intégrée au
parcours. 

Une pancarte, au carrefour suivant, invite à aller se
restaurer à "La
Granja". Je me contente de profiter de
l'information pour m'orienter. Ce sera tout droit.

Toujours tout droit.

Le Coll
d'Oliveda
ne ressemble pas à ce que je m'étais
imaginé... ce qui prouve que j'ai de l'imagination. 

Dans
la descente, je m'intéresse à une piste, sur
la droite, que je devrai venir prendre plus tard après un
aller-retour à
la Collada de Can
Salaverd. 

Un
second chemin, guère plus bas, indique la
direction de Sant
Llorenç de la Muga. En cas de fatigue
accrue, je pourrais
toujours rentrer par là, en 9 kilomètres
annoncés.

Le catalogue des cols de
Catalogne situe La Collada de
Can Salaverd
sur une route. Je décide donc de suivre le seul goudron
disponible dans le secteur.

Je le suis même un peu trop,

jusqu'à Maçanet
de Cabrenys.
J'ai franchi la collada sans savoir où.
J'ignore aussi qu'à ce carrefour monte un chemin, puis un
sentier, jusqu'au Coll
de Sant Marti, tout proche.

Demi-tour, donc pour remonter chercher 

le carrefour où ma randonnée reprend du sens. Je
ne goûte guère les aller-retour.

A
l’intersection, une borne ancienne, abandonnée
dans la végétation, invite le passant
à passer son chemin : Camino particular
prohibido el paso rodado !

Je
grimpe depuis bien longtemps lorsque mon vtt me fait constater
l'altitude affichée par son compteur. Il doit en avoir assez
de monter. Lui et moi nous situons 150 mètres
au-dessus du col à
atteindre. Devant nous, une immense croix plantée sur un
Puig, donné par ma carte
à 613 mètres, me fait craindre de me trouver sur
le Chemin de la Creu de
Montdena.
La sagesse m'interdit d'insister. Mes jambes, aussi.
* Erreur fatale ! faute de documentation suffisante. Deux
cols
se cachent derrière le Puig de la Creu de Montdena (ou
Montdavà) : Le
Coll d'Aresta et la Collada
Fonda.

J'assure
en descendant rejoindre la piste de repli fléchée
Sant Llorenç
de la Muga.

Le
profil du terrain permet de rouler malgré son paradoxe.
Pour descendre dans la vallée, la piste monte. Les
différents carrefours ne
portent pas d'indications ou attendent d'en recevoir. Ce poteau nu
indiquera-t-il
bientôt le nom du col qui l'accueille ?

Je poursuis sans jamais dévier. Pas d'indication bonne
indication.

Mon
trajet direct se confond avec celui prévu.

Il
franchit le Coll de la
Creu d'Ocells,
indiqué sur ma carte sous l’appellation de Coll de
la Creu de Bocells.

Les
informations fournies par
les panneaux directionnels manquent de m’éclairer.
Ma carte aussi. Je situe le col sur un mauvais carrefour.
J'essaie la
piste de gauche.
Les descentes
dans des directions incertaines ne manquent jamais de
m'inquiéter.
Une pancarte Sant
Lorenç de la Muga, plantée
à la première intersection venue,
m'invite à faire demi-tour.
Le
Coll de la Creu d'Ocells, pas même encore inscrit
au catalogue, me voit
le franchir par deux de ses faces.


La descente en sens opposé
se trouve balisée.
La piste de droite correspond, sur ma carte, à un sentier
que je redoutais d'emprunter pour rejoindre la vallée. Celle
en face mentionne la direction du Pla
d'Amigo. Sans le vouloir, j'ai
suivi à la lettre, l'itinéraire que je
m'étais préparé.
Le Pla d'Amigo
se situe au quart du trajet vers le Coll
de la Creu de Bruguera.
Sur ma carte je me positionne à nouveau. 

Pla d'Amigo

On sent ici, près du Coll de la Creu de Bruguera,
que les chemins font peau neuve. Comme
partout, d'ailleurs.
J'ai le temps de prospecter le secteur à la recherche de
tout ce qui ressemble à un passage. 
Probablement de nouveaux chemins permettent-ils
de rejoindre la vallée. Je m'en tiens à ma
prévision


Probablement
de nouveaux chemins permettent-ils de
rejoindre la vallée. Je m'en tiens à ma
prévision et ne le regrette pas. A
l'issue d’une descente fort roulante, je n'ai pas
à chercher le Coll
de la
Trapa. Une pancarte m'affirme que je l'ai franchi. Je remonte
toutefois un
petit kilomètre sur la piste adjacente voir l'endroit
où ma carte situe la
passe. Je crois qu'elle a raison.


La fin du parcours permet de remonter la moyenne.

Je
préfère l'asphalte, assuré de m'amener
à
destination, à une incertaine traversée de
barrage vers lequel un
automobiliste, à qui je n'ai rien demandé, veut
me détourner. 

Je
n'opte certes pas pour la facilité. La route entreprend
une ascension. Il faut dire que je caresse encore l'espoir d'aller
franchir le Coll
de la Creu de Bocells dont je trouve le chemin
d'accès, mentionné "privé".
L'automobiliste bon samaritain, après avoir
renseigné d’autres cyclistes,
s'arrête de nouveau à ma hauteur. Je lui demande
si ce chemin est privé privé ?
S'il permet d'accéder à un sentier vers mon col ?
L'homme n'a qu'une obsession me faire passer par son barrage. 

Je
renonce à la Creu de
Bocells plus facile à gagner par son autre face,
une autre fois.
Je compense par un faux col goudronné à hauteur
de Can Patllari.


Rejoindre Sant-Llorenç
de la Muga n'est plus qu'affaire de
roue libre.

52
kilomètres, 1875 mètres de
dénivelée, sans
toujours savoir où j'étais, mais sans jamais me
perdre. J'ai maintenant tous les
éléments pour chasser ces 15, 16 ou 17 cols
à l'économie... relative.
Ce sera pour une prochaine vie.
Quand je vois les étiquettes adjointes aux panneaux
d'orientation, je me dis
que mes petits errements du jour restent pardonnables.